samedi 16 janvier 2016

To Whom It May Concern

Ce serait tout de même cool de s'y remettre à ton âge. Tu sais, on n'est jamais assez vieux. Et puis t'as le temps. Les vieux ont toujours le temps, c'est leur privilège. Tu écriras comme on tricote. Et puis, tu pourras leur dire (qui ça "ils" déjà).. Leur dire que tu as rencontré un homme à la veste blanche. Comme tu me l'as raconté. Une veste comme on en voit peu, scintillante comme un nouveau drame qui éclate. Tu diras ce que tu as vu, ou cru voir.
Tu devrais écrire plus légèrement. Sois familière. A te lire, à te croire, nous te sommes tous étrangers. Tu refuses qu'on s'identifie à tes mots en cherchant comme ça à les extraire d'un dictionnaire pour les fourrer dans de belles images. Je dis belles parce que la stylistique le dit. Toi aussi tu dis les choses parce qu'on les a déjà dites. Innove ou on t'oublie. Ou plutôt non, fais ta vieille, sois franche et n'y vas pas par quatre chemins. Si tu n'es pas simple, qui voudra de tes histoires. Les gens n'ont plus la patience que tu leur demande. Fais la courte. Courte, c'est ça. Sinon, les seules personnes qui pourront s'identifier à ce que tu écris., et bien, si ça se trouve ils sont trop morts pour te comprendre. Chercher midi à quatorze heures, pour quoi faire ?
Tu n'as pas à faire dans l'ornemental. Dis-nous ce que tu sais de la veste blanche.
-... Euh... Qu'il y aurait-il à raconter ?
- Truc machin des épisodes où tu deviens dingo.
- C'est plutôt le contraire.
- Oui, dis le.


" Un trentenaire en costume cravate s'avançait vers moi. Déjà qu'on va rarement vers moi, l'homme portait en plus un costard, blanc. Je dis blanc comme on dit rose fushia. Il tapait fort à l’œil, lui et sa combinaison. L'homme s'avance et me dit : "T'es pas folle." De toute évidence, je ne l'étais pas puisque je n'apostrophais jamais ainsi les inconnus, encore moins dans un costume blanc. Il faisait froid et sombre. Je ne pouvais pas me permettre de l'écouter. Même par la plus rudimentaire des politesses. Je continuais ma route. Mr blanc comme un linge me suit. Effrayée, je l'invite malgré moi à une course poursuite où il finit par me rattraper. J'arrivais chez moi et ma proximité de la chambre du concierge me rendait invincible. Oui, enfin placide disons. Je pense qu'il l'a compris puisqu'il s'est enfin résolu à agir normalement.
-Bonsoir.
-Bonsoir. Que me voulez-vous ?
-Du bien.
-Ah oui. J'en connais peu des gens qui me veulent du bien, que dire des étrangers. Vous êtes qui?
- Le monsieur à la veste blanche. C'est comme ça qu'on m'appelle.
- C'est vrai que sans votre charmant surnom on ne saurait pas que vous portez du blanc. Vous vous prenez pour le petit prince? 
- J'ai que ça à porter.
-Ah...
-Vous voilà tout de suite apitoyée... Vous êtres drôles vous autres, il aurait suffit que j'ai deux costards blancs pour être taxé d'excentrique mais une seule fait de moi une personne à plaindre.
-Vous me saoulez.
-Je préfère votre colère à votre pitié condescendante.
-Qu'est-ce que tu veux?
-Ah ,on se tutoie! A la bonne heure! Merci de briser ce mur pour moi...