mercredi 24 août 2011

L'enfant qui détestait jouer

Je la regarde.

Qu'es tu devenue petite lanterne?
C'est quoi ce ton terne?
C'est quoi ces cernes?
Qui a volé l'auréole?
Que je le tue,moi Cain,que je tue cet être qui m'a privé d'un ange.Du seul songe d'une rédemption.

Tu t'es éprise des phalanges,tu déserté les bacs de sable,et tu as défié le sablier...et le temps filait,à vile allure.Ta perte est le sacrilège d'une enfance que la vie n'a pas épargné.
Il ne faut pas nier les sacrifices,tu étais trop jeune,trop bon enfant pour déjà savoir que les artifices ne durent qu'un temps.

Qu'ont ils fait poupée?
Que font ces mèches par terre,est ce un énième ciseau avec lequel tu as trop voulu jouer?
Pourquoi ces airs d'ascèse,alors que toutes les aires de liberté t'offrent libertinage?
N'as tu pas assez grandi?Papa t'a pourtant grondé le jour où tu as cassé l'horloge du salon pour inverser les aiguilles.
Que t'es tu faite petite insolente?

Il fallait rire.Au lieu de cela,tu ne savais que lire.Tu aurais pu narguer les adultes,tu as voulu leur ressembler.Tu n'as jamais porté la robe de maman,mais tu as dérobé les vieux journaux de grand papa.
Tu pouvais tout envoyer,en l'air,tu n'as fait que t’asseoir par terre.A dix ans,il était trop tard pour les manèges,et papa t'a emmené voir la neige.Papa ne t'a pourtant pas grondé ce jour où tu piétiné le sol blanchi de tes bottines dont tu ne savais même pas le prix.

Dans la cour,les élèves singeaient,pourquoi cherchais tu les fourmis?Un camarade tend sa main,te demande de venir te joindre au cache cache,tu lui souris avec un non,tu te cachais déjà assez,pourquoi le faire aussi pendant la récré.
Le soir,dans la chambre qui ne dort jamais,tu vivais,tu laissais masques et fards,seule la veilleuse était le phare de ton port.Tu veillais jusqu'au matin avec toutes ces effigies dont ceux de ton age ne savaient rien.Tu voguais au gré des lignes.D'années en années,l'innocente liseuse indolente défiait le temps.

Je la regarde.Le miroir me renvoie son image,je décèle ses traits,je décèle son art de l'imaginaire,sa froide nature solitaire.Je cligne des yeux,il me faut l'auréole,même si ce ne sera qu'une illusion optique,il me faut revoir son auréole.Rien.Une larme nargue nos joues,je lui souris,je lui lance mon mensonge le plus meurtrier:"tout ira bien.".Et là pour un instant seulement,pour un instant,je revois l'auréole dans ces yeux pétillants,elle n'aimait pas mentir,elle ne faisait pas d'exception ce soir,encore,elle pointe son doigt vers moi,et chuchote un "je te pardonne",avant de me laisser devant mes 21 ans.




dimanche 21 août 2011

Hasta la muerte

Je veux pas qu'ils crèvent Chef.
Chef,je n'aime pas ce pays pour ces terres qu'ils croient nous voler.
J'ai honte chef,vous qui scandez inlassablement "la nation avant tout",moi qui chuchote "les citoyens avant tout".
Ne suis je pas nationaliste,Chef?
D'aimer ces gens au lieu d'aimer les frontières qui les abritent.
Vous croyez que je ne vois pas loin,pas aussi que je devrais,surement.
La postérité,il faut s'en foutre pour tenir ce genre de discours.
Non,Chef,je n'ai juste pas envie qu'ils crèvent.

La mort est solitaire Chef,rares sont les cas où elle est salutaire.

Chef,que les envahisseurs crèvent,que mes gens survivent.
Chef,je sais que je suis d'un sentimentalisme absurde,que mes propos ne sont que niais,bêtes et indignes.
Mais Chef,moi,j'ai toujours préféré être le déserteur de Boris Vian.
Sachez,cependant,que je me défilerai pas,je n'arborerai pas le "non je n'ai pas la trouille" de mes vingts ans,innocent et menteur.Je continuerai à manier armes et mots,jusqu'à ce que la mort soit mon seul salut.
Et mon seul salut,Chef,est de ne plus voir mes gens agoniser sur nos terres.

samedi 20 août 2011

A.C.A.B

L'homme franchit la ligne.Passé la rouge,tu es mort,lui a t on dit.
Lui,porte une chemise noire.
Il mise le tout,les forces de l'ordre l'encerclent,et il crie : " forces du désordre,tirez,par pitié tirez"
Les monstres de l'ordre ricanent déjà sur son corps agonisant.
Ne pouvant savoir,les piètres bouchers,que devant eux un mort cherchait résurrection.
"Tirez!!!"
Le cercle des justiciers ricanaient,attendaient les injures,les prétextes d'un "marre!tire!"de plus.
Et l'homme blasphémait,et l'homme criait,et l'homme baisaient leurs mères et l'homme les tenait par les couilles.
Personne aux alentours,la foule trimait pour le pain,pour la faim,pour une fin heureuse.
Marre!!!Tire!!!
Les piètres bouchers tirent.
Il avait gagné.Il l'avait rejointe.
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La jeune demoiselle aux cheveux noirs portait sa plus belle jupe,son plus beau corset.Sa vanité oubliée,ses rêves profanés,sa vie flagellée,ce soir elle dansait.
Longtemps elle s'était demandé comment les derviches tournaient,tournaient,autant.
Ce soir,elle sait,ce soir,les gens voient une danseuse de ballet que les jours ont transformé en putain de cabaret,la foule applaudit,le tournis la prend.Le tournis et l'amour,les derviches dansent par amour.
Elle déambule dans  les fantasmes des mâles de la salle,ravissant les femmes jalouses,ranimant les flemmes des couples brisés,il fallait tourner,tourner pour mourir.
Applaudissez que je meurs.Applaudissez.
Cancéreuse,la jeune fille aux cheveux noirs le voit,voit la ronde des bouchers la féliciter,certains lui font de l'oeil,elle voit son corps agonisant piétiné par la foule que le pain affole.
Et elle s'écroule.
Le rideau tombe.Elle avait gagné.Elle l'avait rejoint.




" من عشق فعف وكتم فمات مات شهيدا"

jeudi 18 août 2011

Je ne suis qu'un homme et mon h ne prend pas de majuscule.

« Que celui qui lutte avec des monstres veille à ce que cela ne le transforme pas en monstre. Si tu regardes longtemps au fond de l'abîme, l'abîme aussi regarde au fond de toi. »Nietzsche

L'intellect nous soudoie,les idéaux font de nous des prostituées et nous,pauvres insolents,que nous sommes,rêvons d'immortalité,se sachant mortels.
Inébranlables?Invincibles?Laissez moi rire.

Que des adultes soient les seuls vrais lecteurs des BD de Batman et Superman est aussi désolant que la famine en Somalie.Pour un Somalien de dix ans il est évident que les BD ça ne se mange pas.Et que Tintin n'est pas un boulanger.

Rêvons!Les slogans n'ont jamais manqué de nous le rappeler.Rêvons!Bonheur!Bonheur!Rêvons!
Et les érudits s'écrient:"Vous êtes votre propre dieu!"
La nuit,le seul rêve que nous faisons (érotisme et perversion mises à part)  est d'avoir le bonheur.
Se moque t on de nos gueules depuis des lustres?Mais qu'est ce que le bonheur?
Idéaux dites vous?
Qu'est ce qu'un idéal,quand on ne trouve rien à dire à ceux qui en ont été victimes?
Si je suis mon propre dieu,que font mes proches à chialer comme des cons sur ma tombe?

Nous pensons,nous établissons,nous instaurons,nous cherchons,nous débattons puis nous faisons des guerres pour bien les perdre,pour mieux nous haïr,pour bien nous séparer,pour oublier entre deux méchants génocides que nous ne sommes que des mortels.

Avec toute l'arrogance de ma nature bien humaine,je pense que le seul vrai bonheur qu'ait connu Nietzsche est d'avoir fini sa vie en pianiste fou.
Où est ton surhomme grand penseur?Je ne vois que le dernier.Cause de toutes tes crises de démence.Jusqu'à ta mort.


Petite note ironique:http://www.ammppu.org/litterature/nietzsche/syndr_nietzsche.htm
Les êtres humains se sont crus des personnages de Dieu,pour se venger,ils se sont mis à créer les leurs.
Certains choisissent de parler à leurs amis imaginaires,d'autres (les plus vils) font parler ces amis en appelant ça "littérature".Ceux qui liront,aimeront détesteront s’identifieront,sans se soucier du fait que la "littérature" ce n'est que "lis tes ratures".

Yédd'kom,yéddi.

Le crépuscule te bouscule,je reste bouche bée,devant ce soleil qui peine à se lever.
N'étant que de tristes nocturnes,n'étant qu'une vingtième nocturne.
Chopin ne vend pas du pain,que m'importe le commerce,les bourges ne sont que des tiers,
...tiercés gagnants?
Revenons à nos moutons,ou laissons les vagabonder dans l'enclos du pré.
Toi et moi,nous serons candides comme des colombes,autant de fois que la bible aura été ré-écrite.
Je ne veux pas de rites,je ne me sens pas capable de sorts,jetés ou ensorcelée,je ne veux que connaitre le sort que je mérite.
Les gens se payent notre tête,n'ayant pas toute not' tête,n'ayant pas leur amour des fêtes.
Nous,on se dit,que le plus triste,le mieux ce sera,le pire c'est qu'on y croit.Et que l'on soit deux,contre un,contre tous,ça leur fout la frousse.Le tragique qui les a fait rêvé,les fait rire aujourd'hui.
Drôle d'époque mon ami.

Non,je n'ai jamais été un monstre,n'ayant pas de montre,n'étant pressée que pour aimer,ils m'ont enfermée,puis relâchée,affaire close,cas désespéré. Drôle d'époque mon ami.L'amour est dérision.L'amour est peur.Pourtant l'horloger crie "fin des temps imminente".
Et l'horloger devient gourou,et l'horloger devient fou,mais lui ils ne l'auront jamais

Des fois,je sais pas,je me dis que t'aurais peut etre du ne pas avoir autant de foi.En moi.Mais le sourire du moment l'emporte,j'avais tort de croire à leurs sornettes.Je n'ai pas la tête d'un monstre.
Et toi,non plus.Et toi,loin de là.
Finalement,ça te dit un loin d'eux?


mardi 16 août 2011

Ne jamais revenir sur les lieux du crime.Dans ce cas,il me faut un passeport.

Réflexions sottes,en compensation.

samedi 13 août 2011

Les malheurs du vice (ou le monologue de Sainte-Justine)

Piétinez mon corps
Scarifiez ma peau,mutilez ma chair
Crevez moi les yeux
Déchiquetez mes entrailles
Bouffez les,si vous avez un peu trop faim
Ruez vous sur moi,
Abattez vous,
Tabassez,
Prenez votre revanche,
Je suis votre défouloir
Prenez mes rêvez,volez les,faites en les vôtres,
Interdisez moi les pleurs,ou riez moi au nez,faites de moi,le bouffon de votre royauté
Plagiez,médisez,radotez sur tout ce que je ne suis pas
Ranimez vous,à travers moi
Gardez espoir,mes espoirs,gardez les,et enviez moi mes sinistres sourires
Prenez tout
Et jetez moi,comme vous m'avez prise,jetez moi

Lorsque je n'aurais plus rien à vous offrir,gratifiez moi de quelques versets,et rangez moi dans la vacuité de votre âme,à laquelle j'aurai pourtant tout donné.

En attendant,je vous direz toujours que vous êtes beaux,que vous êtes merveilleux,que vous êtes des exceptions,que vous êtes humains,et que je ne vous en veux pas.Je continuerai à vous sourire autant de fois que ma sincérité me le permettra,et j'arrêterai le jour où,m'étant tellement hait,je ne pourrais plus vous aimer.

Il nous faudra toujours des coupables,certains choisissent d'être des victimes et d'autres se damnent à être leur seul bourreau.Il ne s'agit ni de bien,ni de mal,il s'agit de choix,et rien d'autre.




vendredi 12 août 2011

Eros VS Logos

Je t'aime,quoi?Tu me crois pas?Ben je t'aime,ça veut dire quoi je t'aime?Bah je sais pas moi,en tous cas,c'est pas des papillons dans le ventre,ou du moins même si c'est des papillons,c'est pas les blancs qu'on voit dans la petite maison dans la prairie,c'est plutôt les nocturnes,ceux qui colonisent les rideaux de ma chambre.En tous cas,cet amour qui papillonne je me suis acharné à le chasser,lui et ces insectes putrides qui animent mes nuits d'angoisse et d'insomnie,mais le sort ne se conjurera pas,j'ai beau essayé,ma piaule donne sur un jardin amazonien,et celle qui l'occupe se donne toujours ces airs d'amazone,alors qu'elle n'est au fond qu'une nymphe.
Alors,oui je t'aime,et pis si t'arrêtais de me regarder comme ça,oui,c'est bien,détourne ton joli visage,moi au moins je sais que tu m'aimes pas,hein,pourquoi?Ben parce que Antoine de Saint-Exupéry m'a apprise (puisse t il reposer en paix) que l'amour ce n'est pas se regarder l'un l'autre,je t'en colle une,hein?Bon je sais,c'est pas drôle,mais le fait est,que tu m'aimes pas,et si on regardait dans la même direction?Hein?Tu crois que tu pourrais?Ou as tu tellement peur qu'au moment où tes yeux quitteraient les miens,je m'enlaidisse,je vieillisse ou que je disparaisse tout simplement et qu'il n'y ait plus lieu de parler amour,non?Je sais,c'est pas drôle.Et si on arrêtait de parler?Et si tu me disais tout ce que tu as toujours eu envie de me dire en te taisant?Si deux personnes arrivent à communiquer en silence,n'est ce pas là la preuve tangible que je te/me/nous cherche?
Bon tu sais quoi?Je prétexte.Je ne sais plus comment faire,je ne sais plus comment aimer,oui,moi l'amazone,cette battante qui s'en bat les couilles de tes je t'aime,c'est du pipeau,je ne sais plus comment aimer,et tu sais quoi?Je ne veux même plus apprendre.
Ce qui s'est passé?Je ne sais pas exactement,je sais juste que si Aphrodite en personne avait eu mon vécu,elle s’esclafferait comme je m'esclaffe quand tu me dis que tu m'aimes.

jeudi 11 août 2011

Correspondances entre un mourant et une suicidaire

Chère Apostine,

Je ne sais comment entamer cette lettre,je vais laisser le tumulte des mots et le chagrin qui les enfante,me guider.

Qui suis je? Ou plutôt quel lien nous unit? Vous,qui allez recevoir cette lettre anonyme dans les jours à venir,allez surement vous poser cette question,ou peut être simplement jeter avec une rage polie ce bout de papier sur votre table de chevet.

Ma chère Apostine,la mort me connait,puisqu'elle me guette chaque nuit du fond de ma chambre de vieil homme aigri et solitaire.La mort est une tortionnaire,ma douce,elle attend,dans une patience qu'aucun être homme ne connaîtra jamais.Je me dis même dans mes élans d'intellectualisation,qu'elle est notre parfait opposé.Je vous évite mes manières estudiantines dont je n'ai pas pu me débarrasser.

Mon Apostine,pour dire vrai,ma fille portait votre nom,et l'imparfait que j'emploie,incombe que cette lettre sera ré-écrite.Je ne tiens pas à ce que mes larmes fassent taches.
Vous parler d'elle c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour raviver votre regard,à l'heure où tout le corps médical qui vous assiste se déploie à vous enterrer vivante. (Vous m'excuserez ma sénilité)
Mais vous ne partagez pas seulement un prénom,vous avez aussi la même date de naissance.En Novembre,Berlin s'est vue dépourvue d'un mur,et moi,je me suis trouvé,pourvu d'un enfant.Imaginez ma joie,ce cliché du père qui se voit éduquer,nourrir,bercer,mais surtout aimer. Imaginez moi quand le corps médical qui a assisté mon Apostine m'a déclaré que mon gosse n'allait pas vivre.Et ils avaient dit vrai.Apostine est morte deux jours,après sa naissance.

22 ans,votre age,aujourd'hui,22 printemps que j'aurais aimé vous offrir,au lieu de ces 22 hivers qui ont fait de vous,une impatiente guetteuse de la mort,et de mon enfant,un tas d'os enterré dans ce cimetière que je connais plus que les bars et les cafés.

Ma fille m'a été ôtée,par cette rustre désinvolte qu'est la mort,je ne peux donc pas rester là,les bras (ou les mains) croisés,à savoir qu'une Apostine se fait séduire par ce monstre deux décennies plus tard.
Puisque cette lettre est aussi bien un requiem qu'un hymne à la vie,je voudrais que je vous sachiez que je n'en ai plus pour longtemps,moi et ma lettre qui devient un peu trop longue d'ailleurs.
Vous recevrez un coup de téléphone de mon avocat dans les jours à venir,je vous lègue donc ma vie,et celle de mon enfant mort-né,ma tendre Apostine.

Ayez en bon usage.

Tendrement,
Un vieux sénile qui prend sa revanche sur une garce.



mardi 9 août 2011

Plus de huit heures à trier de la paperasse,j'étais assommé étourdi,repensant à mes années juvéniles où le temps prenait la peine de se faire sentir,sur mon bureau,des feuilles et encore des feuilles,un téléphone,des faxs reçus la matin,des dossiers,et toute l'artillerie bureaucrate,devant l'impeccable de mon bureau,seule une vieille photo dans un cadre joliment orné faisait tache,la photo d'une femme,ou d'un souvenir plutot,l'ombre d'un passé glorieux,les restes d'une vie qu'on peine à retrouver.
La femme en question,si amochée que méconnaissable devait m'attendre avec rage devant notre diner,qu'on ne partagera pas,ce soir encore.
L'air de ma soirée estivale beaucoup trop comptabilisée m'était insoutenable,le regard hagard,les gestes fébriles,je me sentais si affligeant,dans ce grand immeuble,vide à l'heure qu'il est,j'en aurais presque déchiré mon contrat signé ce matin avec la société que je convoitais depuis des mois,mais toute  bravoure herculienne considérée,je me contentas de défaire ma cravate.
Puis voilà que je me perds dans mes songes,voilà que ce soir je ressens soudainement le besoin de me rendre des comptes,des années que je m'évite les grandes questions,m'étant dit que l'existentialisme je l'avais laissé sur un des bancs de ma fac de lettres,bien du chemin depuis,mon père qui ne riait plus à la blague du fils qui se dit professeur de mythologie grecque m'inscrivit de force dans une école de finance,mes notes devinrent exemplaires,et ma vie aussi abstraite que tous ces chiffres que je croisais,à ma sortie de l'école,tout se cadrait,les traits de mon existence était durement sculptés,en gras,de parfaites lignes droites,un chemin bien dessiné s'offrait,et les détours se décimaient à mesure que je grandissais,comme le disait mon bougre de père,j'étais destiné à la vie dont il a toujours rêvé,riche et comblé,mon père,en analogie aux autres papas,avait une franchise qui faisait que je lui pardonnais tout,même l'inébranlable fait que j'avais raté ma vie,les évènements se succédaient,j'avais trouvé la femme qu'il fallait pour m'accompagner dans ma quête de la gloire,ce n'était même pas une compagne,c'était un trophée que je m'offrais,après la brune aux yeux bleus,vint la maison qu'il faut,la voiture qu'il faut,et tous les rudiments de la vie de l'homme qui avait tout réussi.
Mes premières années de mariage ont été les plus belles de ma vie,je me donnais des airs de Paris,aux cotés de son Hélène,elle m'aimait,je partageais sa ferveur au lit,et mieux,je payais tous ses caprices.
Mais mon Hélène,après deux nourrissons morts-nés,s'était résolue à ne jamais être mère.
Et c'est là que j'ai perdu ma femme,c'est là que d'Hélène je m'étais enguichée d'une Eurydice,un peu trop névrotique et maniaque,désespérément vouée à etre un drame de plus dans ma vie.

Et ainsi,me voilà,la quarantaine,à mi chemin entre un rondelet qui s'achète les plus beaux complets pour se faire oublier sa calvitie et une sorte de requin de la finance que tout le monde craint et respecte.

Je sentis l'air peiner à transpercer mes poumons,las de ce jeu,de ce bilan catastrophique que je m'étais fait,de ce tourmentant tableau que je voyais de loin à présent,las de toutes ces choses qu'aucun chéquier ne m'offrira,je m'armas de mon seul bouclier dans des moments pareils,la débauche des époux insatiables et désirant se refaire une jeunesse ou une vie dans mon cas.

Je fermas mon bureau presque machinalement et allais rejoindre Erato,le genre de nymphe qu'on retrouve,dans de vieux hôtels que personne ne connait.
جَلَـــــسَت والخــــــوفُ بـــعينـــيها
تــتــأمّــَلُ فــنجـــانــي المقـــلوب
قــــــــــــــالت:
يـــا ولدي.. لا تَــــــحزَن
فـــــالحُبُّ عَليـكَ هــوَ المكــــتوب
يـــــا ولـــــــدي،
قـــد مــــــــــــــــــاتَ شهيداً
من مـــــاتَ على دينِ المحـــبوب
فنـــــجانك دنيــــا مرعــــــــبةٌ
وحـــــياتُـــــكَ أســـــفــارٌ وحــــروب..
ستُحِبُّ كثيراً يا ولدي..
وتموتُ كثيراً يا ولدي
وستعشقُ كُلَّ نساءِ الأرض..
وتَرجِعُ كالملكِ المغلوب
بحياتك يا ولدي امرأةٌ
عيناها، سبحانَ المعبود
فمُها مرسومٌ كالعنقود
ضحكتُها موسيقى و ورود
لكنَّ سماءكَ ممطرةٌ..
وطريقكَ مسدودٌ.. مسدود
فحبيبةُ قلبكَ.. يا ولدي
نائمةٌ في قصرٍ مرصود
والقصرُ كبيرٌ يا ولدي
وكلابٌ تحرسُهُ.. وجنود
وأميرةُ قلبكَ نائمةٌ..
من يدخُلُ حُجرتها مفقود..
من يطلبُ يَدَها..
من يَدنو من سورِ حديقتها.. مفقود
من حاولَ فكَّ ضفائرها..
يا ولدي..
مفقودٌ.. مفقود
بصَّرتُ.. ونجَّمت كثيراً
لكنّي.. لم أقرأ أبداً
فنجاناً يشبهُ فنجانك
لم أعرف أبداً يا ولدي..
أحزاناً تشبهُ أحزانك
مقدُورُكَ.. أن تمشي أبداً
في الحُبِّ .. على حدِّ الخنجر
وتَظلَّ وحيداً كالأصداف
وتظلَّ حزيناً كالصفصاف
مقدوركَ أن تمضي أبداً..
في بحرِ الحُبِّ بغيرِ قُلوع
وتُحبُّ ملايينَ المَرَّاتِ...
وترجعُ كالملكِ المخلوع..









Nizar Qabbeni

lundi 8 août 2011

La fille qui tuait pour écrire

22h30
Kyrie regardait le cadavre gisant sur le sol.Son inertie la troublait,ce même homme qui,quelques heures plus tot,gesticulait,conversait et buvait son champagne,n'est plus.

"Kyrie,ma Kyrie qu'as tu encore fait?"

La jeune femme baillant,pris une chaise.Elle tira un bloc note de son sac,et prise d'une soudaine transe inqualifiable,se mit à griffonner despotiquement sur le carnet.A voir ses mains tremblantes et ses yeux injectés de sang,nul doute que Kyrie était beaucoup calme,quelques heures plus tot.

20h
M sonne à la porte,une jolie jeune femme rousse lui ouvrit.
M comprit tout de suite pourquoi il s'était dit que cette fille serait sa perdition depuis ce matin où il avait sa connaissance dans un parc du centre ville.
Elle était belle à en crever,mais pour M ce ne sont que des métaphores,des stupidités d'un amoureux se croyant érudit.
Elle était vêtue de noir,contrastant à merveille la chevelure flamboyante.
Nul doute,M en perdait ses moyens.

Ils se servirent à boire.Fumant,jacassant sur leurs déconvenues,leurs déboires,ils s'échangeaient de temps à autre leurs poèmes préférés et leurs rêves étouffés de connaitre des vies tragiques d'écrivains se voulant maudits.

Premier baiser.
Il la voulait et elle le sentait,se gardant de penser à ce qui suivra cette dernière étreinte.
Ils firent l'amour sur le sol,M s'excitait,il ne l'avait jamais fait de cette manière,il se surprit à penser qu'elle avait deviné ses fantasmes,ou qu'elle était juste comme lui.La tiédeur du par-terre enflammait leurs corps,M ne savait pas que sur ce même sol,sa vie lui sera ôtée.

Minuit
Kyrie sanglotante,déposa un baiser sur le front du macchabée et alla passer un coup de fil.
"Oui,viens m'aider à débarrasser"

"Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d'intervalle qui les écrit."Marcel Proust

dimanche 7 août 2011

des personnes,là (zization?)

Le huis clos de l'inéxistance ou la lettre d'un amoureux fictif


...Puryke enseignait une matière assez particulière pour les lycéens littéraires,je l'avais su le jour,où j'avais toisé la liste des profs de mon air mauvais.
"Education islamique"était joliment transcrite avec un nom que je trouvais fin et donc féminin,pauvre bougre boutonneux que j'étais.
Ce jour là,j'étais en avance,je m'assis à la dernière table,dans cette grande salle,où j'avais connu mes plus longues heures d'émerveillement,généralement assoupis.
La tête posée sur la table,je griffonnais des paroles d'une chanson,en attendant sa majesté et ses sujets.
Un bruit se fait entendre,mais rien ne me troublait,une chaise qu'on tire avec rage,puis plus rien.
Je commençais tout juste à m'assoupir quand un nouvel intrus fit irruption.
-Bonjour.
Je ne levais pas la tête,même si Puryke était évidemment là.
-Bonjour,où sont vos camarades?
-Ben ailleurs.
-Commencez pas,vous êtes bien insolente pour un premier cours.
Puryke,un prénom fin,mais finalement,pas si féminin que ça.Le prof et non la prof donc,s'adressait à la rageuse qui avait troublé la première ma quiétude.
-Votre nom.
-Akarine.
-Bon Akarine,on va pas les attendre ces merdeux,de toutes façons,il est 10 h passée.
Toujours dans ma posture de l'homme dormant ou invisible plutôt,je me languissais à être là,me ravissant,pour une fois,de ma capacité,à me faire tout petit.
-Faites moi une fiche.
-Vous prenez vos médicaments là?
Puryke toussait,mais c'était à l'évidence,de la gêne.
-Oui,mademoiselle.
-Qu'est ce que vous avez?
-Je ne suis pas obligé de répondre.
-Bah,c'est sur,c'est moi qui me fait noter ici.
Soupir,je n'avais pas besoin de voir la scène de mes yeux pour comprendre que Puryke avait soudainement un élan de sympathie pour la camarade.
-C'est une névrose,vous y comprendrez rien.
-Essayez tout de même.
-Impression d'inexistence,de fiction,le malade n'est plus acteur de sa vie,une apathie enfin..vous voyez,des trucs d'adultes dépressifs agonisants et très emmerdants surtout.
-Vous êtes un creep,vous aussi...
-Hein?
-Un creep,un monstre,une sorte d'être humain bizarroïde,et qui est tellement bizarroïde qu'il vit en reclus des autres.
-Moins 5 pour le terme "monstre" mais oui,y a du vrai.
Un troisième épiait leurs mots,de sa table du fond de la classe,mais ils ne le savaient pas,et ça me convenait.
-Et vous le vivez comment?
-Je me soigne,en attendant de guérir.
-Mais vous n'êtes pas malade.
-Vous en avez de bonnes Akarine,vous savez,moi je n'ai pas 17 ans,et c'est ma dernière conquête qui m'a faite découvrir Radiohead,d'ailleurs je devrais peut être en parler au psychiatre.
-Nous sommes à la limite des fantômes,mais pas des malades,expliquez cela comme cela vous semble,mais le fait est que la donne est la même,nous sommes inexistants,dans la capacité du non-percevoir et nous sommes incapables de nous situer dans le réel des autres.Ce qui rejoint les symptômes vite repêchés chez un vicelard freudien.
Essayez,monsieur,de voir les choses autrement,nous sommes là,à parler,mais ni l'un ni l'autre,nous ne sommes dans l'échange concrets de paroles,pourtant nos mots sont sensés,et même que moi,je suis douée en grammaire.Ce n'est pas une maladie,monsieur,c'est un trait,une spécificité,une tare ou une bénédiction,mais le fait est que tout ce que vous ferez et obtiendrez surtout ne sera qu'effet placebo,rien de plus.
-Et après?
-Après,la réalité nous appartient,et nous n'avons même pas ce besoin qu'ont les autres de la fuir des fois,puisque nous n'en sommes pas esclaves.
C'est là,que je lève la main et m'écris:
-Monsieur Puryke,le troisième creep de la salle,approuve Akarine....

Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça,S.C'est peut etre pour que tu me comprenne,pour que tu comprenne que ce jour là,ne pas être là,ne signifiait rien mais que 10 ans plus tard,chaque caresse ou chaque baiser imperceptible fait de moi,ce que Akarine n'a pas mentionné,l'esclave de la fiction.

Avec tout mon amour,
Ton fervent personnage,L.


Note:http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9personnalisation (Hypocandriques s'abstenir!)

mardi 2 août 2011

Je suis un Homme

Je ne sais plus quand je suis né,je ne sais pas quand je mourrai,ou si la clémence divine est aussi divine que je la conçois pour que je meurs.
J'ai été un enfant,un enfant de la rue,un enfant des cités gardées,un enfant des garderies,où mon innocence devait etre gardée,j'ai été un gosse obèse,un nourrisson rachitique et des fois on me disait que maman ne pouvait pas me garder parce qu'elle n'avait que 17 ans.
Puis j'ai grandi,j'ai été à l'école,certains disaient que c'était celle de la vie,d'autres se félicitaient de mes notes,j'ai pleuré la première fois où papa a battu maman,je suis sorti fumer avec des potes la fois où un homme a pris ma place dans le lit de maman,y'avait meme une fois où j'ai entendu mes parents geindre et j'avais trouvé cela très tellement horrible,que mon seul refuge était mon ipod.
J'ai eu mes règles à 13 ans,j'ai fumé mon premier joint à 16,j'ai été amoureux d'une fille au lycée qui était tellement belle qu'elle était trop riche pour moi,j'ai été violée par le concierge de mon foyer,j'étais sérieux studieux,j'étais cancre et douteux,j'ai été viré du bahut,j'ai eu mon bac avec mention,mais je n'ai jamais fait d'études.
Puis j'ai été socialiste,j'ai accroché un poster volé d'un che enterré,j'ai été dans un gang d'anarchistes dont les actions ont dépassé l'idéal visé,je me suis vue en Simone De Beauvoir,mais au fond je n'ai connu de la philosophie que la sagesse de Mouldi,le serveur du café du coin.
Je suis un adulte,un barman,un banquier,un maçon,une prostituée,une femme au foyer,une chef d'équipe dans une grande société.Je suis riche,je suis pauvre.Je suis seule,seul,marié,mariée,veuve ou divorcé,qu'importe le mal est fait.
Je suis malade,très malade.Mon mal se soigne,ou ne se guérit jamais,certains disent que je ferai mieux de me retirer et d'aller prendre l'air à la compagne,d'autres me disent avec nonchalance,que l'amour ne se guérit pas,mes proches affirment que des études se font pour guérir le cancer des poumons,ma voisine m'a sermonnée ce matin sur mes fréquentations douteuses,et tous les soirs je finis au poste de police,ou dans un  lounge pour un diner d'affaires.Qu'importe ? le mal est fait.
Des fois,je n'ai pas assez pour me payer mon paquet de cristal légères,des fois ma cravate m'étouffe,des fois ma mère me manque,des fois,je me dis que je ferai mieux de prendre un prêt pour une voiture,rien que parce que les bus on ne les rattrape jamais.
Des fois,je me dis que je deviens vieux,et je m'achète des lotions l'oréal histoire de bien faire l'amour à mon vieux.
Y a des moments comme ça,où je sens la mort me regarder de près,presque droit dans les yeux,je déjeune seul avec une chaise vide,le seul hommage que je fais à ma défunte épouse,et quand je m'en lasse,je regarde mes petits enfants grandir de loin de près mais souvent de loin.
Je suis dans un lit,clinique,hopital,simple hospice,(ou kén 7chitou) entouré(e) des miens,je fais mes adieux,ou rabbi iyhéz mté3ou.Mais je sais,que je suis pas mort(e).Parce qu'au fond,nous ne sommes qu'un.